Consommation et dépendances


Vers des services de type wet à Montréal

Le développement de ressources d’accueil avec consommation d’alcool contrôlée a été inscrit au Plan d’action montréalais en itinérance 2018-2020. Le comité intersectoriel en itinérance, chapeauté par le CCSMTL et l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD) et réunissant des acteurs du secteur municipal, de la santé et services sociaux, de la police ainsi que des organismes communautaires, joue un rôle central dans l’implantation éventuelle de ce projet, et ce, depuis les tout débuts.

Première étape : analyser ce qui se fait ailleurs

En mars 2018, Jorge Flores Aranda, chercheur à l’IUD, déposait le rapport d’une revue systématique de la littérature à propos des modalités et des effets des services wet. On retrouve des services où la consommation d’alcool est permise, et parfois offerte de façon contrôlée, dans des centres de jour, des centres de santé publics et communautaires, ainsi que des services de soins palliatifs. Les résultats montraient que ce type de services offre des résultats prometteurs en ce qui concerne :

  • le fonctionnement social des personnes;
  • la réduction de la prise d’alcool ou la consommation sécuritaire d’alcool (ex. : arrêter ou diminuer la consommation d’alcool à friction);
  • la diminution des activités criminalisées et des comportements antisociaux;
  • la réduction du nombre de visites à l’urgence;
  • le nombre de contacts avec la police.

Par conséquent, les services de type wet semblent être une solution à explorer pour les personnes les plus vulnérables, qui consomment dans la rue et dont les troubles de consommation d’alcool en lien avec d’autres facteurs tendent à les maintenir dans une spirale d’exclusion. 

Deuxième étape : évaluer le contexte montréalais

Il importe maintenant de vérifier si ce type de ressources peut être implanté en contexte montréalais. L’IUD débute actuellement les travaux qui mèneront à une étude de faisabilité et un plan d’implantation livrables en septembre 2019. Ils répondront entre autres aux questions suivantes :

  • Est-ce que les lois et règlements des différents paliers gouvernementaux permettent la mise en place de services wet au Québec?
  • Quelles sont les conditions d’intégration harmonieuse au tissu social montréalais?
  • Comment organiser les services au sein des établissements existants?
  • Quels sont les coûts liés à ces services?

Les travaux de consultation regrouperont près de 20 organisations et s’inspireront de ce qui a été fait en lien avec l’implantation du projet de sites d’injection supervisée. L’échéancier des produits livrables est arrimé sur le Plan d’action montréalais en itinérance 2018-2020 :

  • un avis sur les aspects légaux et réglementaires concernant l’implantation de services wet à Montréal (printemps 2018);
  • une cartographie des ressources pour personnes sans-abris actuellement disponibles et où un service wet pourrait être implanté (printemps 2018);
  • un état de situation exhaustif sur les enjeux entourant l’implantation de services wet ailleurs au Canada et dans le monde (printemps 2018);
  • un plan d’implantation d’un ou quelques services wet dans la région de Montréal (début 2019), portant notamment sur : 

    • le coût d’un tel projet,
    • les scénarios d’implantation possibles,
    • la recommandation d’un scénario

Principales étapes menant à l’implantation de services de type wet à Montréal

  1. Revue de la littérature
  2. Étude de faisabilité / Plan d’implantation
  3. Projet pilote
  4. Implantation

Pourquoi des services de type wet ? 

À Montréal, le nombre de personnes en situation d’itinérance s’élèverait à plus de 3000. Or, certaines d’entre elles n’utilisent pas les services qui leur sont offerts en raison notamment de l’exigence de sobriété à l’entrée ou de l’interdiction d’y consommer de l’alcool. Les services de type wet, qui ouvrent leurs portes aux personnes intoxiquées ou permettent la consommation sur place, peuvent donc représenter une solution pour favoriser l’accès aux services d’une partie de ces personnes. 

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Des travaux utiles

« La direction adjointe au PDGA du CCSMTL est responsable de la coordination intersectorielle en itinérance et du déploiement du plan d’action. Le projet de services de type wet bénéficiera des travaux de l’IUD pour nous permettre de bien choisir le modèle qui répondra le mieux à la réalité de Montréal. Les demandes de financement seront appuyées sur des données objectives qui démontrent l’efficacité de cette approche. Ça part du bon pied! »

Annie Larouche, coordonnatrice professionnelle pour le dossier itinérance, Service régional des activités communautaires et de l’itinérance, Direction adjointe au président-directeur général adjoint

Le drug checking : pour réduire les risques liés à la consommation de drogues

La crise des opioïdes fait régulièrement les manchettes au Canada, et pour cause : les surdoses liées aux opioïdes sont en augmentation depuis les dernières années à un point tel que Santé Canada qualifie la situation d’urgence de santé publique. Des opioïdes très puissants, particulièrement le fentanyl, sont d’ailleurs de plus en plus présents dans la composition des drogues de rue, augmentant ainsi le risque de surdose.

Afin de freiner la crise, le milieu de la recherche s’intéresse à plusieurs interventions possibles, dont notamment le drug checking. « Le drug checking permet d’analyser la substance avant ou après la consommation », explique Laurence D’Arcy, docteure en psychologie clinique et chargée de projets à l’IUD. « Cette analyse permet aux gens de savoir ce qu’ils consomment réellement, donc de mieux connaître les risques auxquels ils s’exposent afin de modifier leurs comportements de consommation. »

Le drug checking est un service intégrant l’analyse chimique de la substance et une intervention en réduction des méfaits selon le résultat obtenu. Il ne vise pas à empêcher la consommation de drogues, mais bien à en réduire les conséquences néfastes. « C’est un service déjà offert depuis de nombreuses années en Europe et, plus récemment, à Vancouver où la crise des opioïdes est particulièrement alarmante », détaille Laurence D’Arcy.

Différentes méthodes peuvent être utilisées afin d’identifier les composantes de la drogue, de déterminer s’il y a présence ou non de certains opioïdes, ou encore de repérer les produits de coupe utilisés. Par ailleurs, le drug checking soulève plusieurs enjeux éthiques et légaux : « Un intervenant qui manipule la drogue d’une personne pour l’analyser pourrait être accusé de possession et de distribution de stupéfiants », explique Laurence D’Arcy.

Un projet d’étude de faisabilité vient de recevoir du financement et pourra débuter sous peu. « Cette étude permettra de recenser les différents modèles de drug checking existants au Canada et dans le monde, et d’étudier l’applicabilité des interventions dans un contexte québécois, tant en milieu festif qu’en contexte de sites d’injection supervisée », explique Laurence D’Arcy.


Le spectromètre FTIR permet d’identifier les composantes de la substance analysée et d’en évaluer les proportions. Toutefois, il ne détecte pas les substances qui représentent moins de 5 % de l’échantillon. Des bandelettes sont donc utilisées en complément afin de détecter le fentanyl. 

Pour plus d'information sur le drug checking

Mobilisation autour de la stratégie de lutte aux opioïdes : l'IUD très engagé

La crise des opioïdes occupe beaucoup de place dans l’espace médiatique au Canada. Bien que le Québec soit moins touché que le reste du pays, sur le terrain, les besoins d’information claire et à jour se font pressants, en particulier en ce qui concerne les traitements. La Stratégie nationale pour prévenir les surdoses d’opioïdes et y répondre 2018-2020 propose une série d’actions concrètes qui sollicitent l’IUD de multiples façons, dont une initiative importante de transfert de connaissances en février 2019. 

Première journée québécoise sur les TUO

Le 21 février 2019 aura lieu la première Journée québécoise sur les troubles de l’usage d’opioïdes (TUO) à Montréal. Elle réunira des intervenants psychosociaux, infirmiers, pharmaciens, médecins et gestionnaires, ainsi que des personnes aux prises avec un TUO et/ou recevant des services liés à cette problématique. L’organisation souhaite créer un lieu d’apprentissage, de formation et d’échange pour tous, incluant les usagers. Toutes les régions du Québec seront présentes. 

Étant donné les besoins importants et les avancées constantes dans le domaine, cette journée pourrait devenir un événement annuel récurrent. La journée provinciale permettra une mise en commun des enjeux régionaux et provinciaux, des connaissances et des expertises afin de permettre par la suite des échanges avec la communauté francophone internationale. D'ailleurs, Montréal sera l’hôte d’un événement international à l’automne 2020, soit le 6e colloque sur le traitement des dépendances aux opioïdes qui rassemble les pays francophones autour du sujet des TUO. 

Journée de la Communauté de pratique médicale en dépendance

Le lendemain, soit le 22 février 2019, la Communauté de pratique médicale en dépendance (CPMD, lire le texte à ce sujet en page 14) organise sa Journée de rencontre annuelle des médecins. Les participants auront l’occasion d’apprendre et de partager sur les défis, les meilleures pratiques et les projets innovants concernant la prise en charge médicale des TUO.  

À votre agenda!

  • 21 février 2019 
    Journée québécoise sur les troubles de l'usage d'opioïdes (TUO)
  • 22 février 2019
    Journée de rencontre annuelle des médecins de la Communauté de pratique médicale en dépendance

Frédéric l'entremetteur
Frédéric Maari est spécialiste en activités cliniques au Programme Dépendance depuis 9 ans et praticien-chercheur au CREMIS depuis 7 ans ainsi qu’à l’IUD depuis cette année. Son rôle de clinicien est d’outiller les intervenants en CLSC à reconnaître et à aborder le problème de dépendance, et à faciliter l’accès aux services spécialisés. Il prend plaisir à travailler avec les centres de recherche en milieu de pratique, où il peaufine ses talents d’entremetteur. « Grâce à mon rôle de proximité avec les équipes cliniques, je suis à même de constater les besoins émergents sur le terrain. J’attire l’attention des chercheurs sur ces nouvelles réalités, car je crois profondément que la recherche doit notamment répondre aux besoins du terrain. C’est par le croisement des savoirs entre les intervenants, les chercheurs, les gestionnaires et les personnes visées par les services que l’on peut développer les meilleures pratiques pour la santé et le bien-être de la population », précise M. Maari.

Évaluation du programme Faculté Vie

En 2001, 25 % des conducteurs condamnés pour conduite avec facultés affaiblies récidivaient après une première sanction. Ces conducteurs se voient imposer un minimum de 30 jours de prison pour une deuxième condamnation et de 120 jours à la troisième occasion.

Devant cette forte proportion de récidive de conduite avec facultés affaiblies, l’établissement de détention de Montréal, la Commission scolaire de Montréal et le Centre de réadaptation en dépendance de Montréal ont uni leurs efforts en 2011 pour mettre sur pied le programme Faculté Vie. Il est conçu sur mesure pour les hommes judiciarisés à la suite d’une récidive en matière de conduite avec les facultés affaiblies.

Le programme est constitué de deux parties : un volet psychoéducatif d’une durée de 72 heures et un volet réadaptation d’une durée de 48 heures. Il est offert en formule de groupe et l’ensemble du contenu est concentré sur une période de six semaines. Jusqu'à maintenant, 16 cohortes ont reçu le programme Faculté Vie lors de leur passage en détention.

Évaluer pour mieux partager

Faculté Vie est un programme innovateur au Québec comme dans le reste du monde. « Peu de programmes semblables sont recensés dans la littérature », explique Hélène Simoneau, agente de planification, de programmation et de recherche à l’Institut universitaire sur les dépendances. « Il est d’autant plus important de l’évaluer adéquatement, afin que la communauté scientifique puisse profiter de notre expérience. »

Les partenaires impliqués dans le développement du programme souhaitent connaître son efficacité. Les conducteurs ayant suivi le programme ont-ils moins de récidive de conduite avec facultés affaiblies que ceux n’ayant pas suivi le programme? Le fait de participer au programme augmente-t-il la probabilité d’obtenir une libération conditionnelle? Les chercheurs compareront les données d’un groupe ayant suivi le programme à ceux d’un groupe ne l’ayant pas suivi. Les résultats devraient être accessibles à la fin 2019. 

Offrir une option de traitement supplémentaire aux utilisateurs de drogues injectables

Divers traitements sont disponibles depuis plusieurs années afin de réduire les méfaits associés aux opioïdes. Malgré le fait que ces traitements s’avèrent efficaces, un nombre non négligeable de personnes ayant un trouble lié à l’usage d’opioïdes ne sont pas rejointes ou retenues par cette offre de services.

Une première étude canadienne, le projet NAOMI, avait permis d’offrir une option supplémentaire à ces usagers : un traitement basé sur l’injection d’héroïne thérapeutique. Les résultats étaient prometteurs, mais la prescription d’héroïne, même thérapeutique, présentait des enjeux légaux. Une seconde étude menée à Vancouver, le projet SALOME, a par la suite démontré l’efficacité d’un autre traitement, mais cette fois-ci à partir de la prescription d’hydromorphone, un puissant opioïde déjà prescrit par les médecins pour traiter la douleur.

Ces résultats ont amené le Centre de recherche et d’aide pour narcomanes (devenu depuis le programme Cran du CCSMTL) à mandater l’équipe de Michel Perreault, chercheur à l’IUD et à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, pour évaluer les besoins montréalais pour la mise en place d’un programme de traitement de la dépendance aux opioïdes injectable (TDOi).L’évaluation visait notamment à identifier les critères d’inclusion et les modalités à mettre en place pour offrir le TDOi. L’étude, qui s’est terminée à l’automne 2017, a également permis d’estimer qu’entre 111 à 222 personnes à Montréal pourraient bénéficier de cette approche.

Michel Perreault se réjouit de ce travail de coconstruction entre les milieux cliniques et de recherche : « C’est génial! Nous n’avons pas l’impression de travailler à vide, car on sait que nos recherches pourront être appliquées sur le terrain. » Maintenant que les besoins ont été évalués, les prochaines étapes à franchir sont celles d’une étude de faisabilité puis d’un projet-pilote, lesquels devraient permettre d’offrir une autre option de traitement. Il estime d’ailleurs que le TDO injectable constitue une des réponses possibles à la crise des opioïdes qui sévit actuellement.

Programme Alcochoix+

Implanté dans les CLSC du Québec depuis 2004, Alcochoix+ est un programme d’intervention précoce en dépendance. Il s’adresse à des adultes présentant un comportement à risque lié à l’usage d’alcool, sans toutefois qu’ils aient besoin de recourir à des services spécialisés en dépendance. Bonne nouvelle : au cours des trois prochaines années, le programme bénéficiera d’une cure de jouvence et se verra bonifié de nouvelles approches. Ces travaux sont faits en étroite collaboration avec des partenaires européens. 

Alcochoix+ : ajustements à venir et adaptation culturelle

Après plus de 10 ans d’utilisation au Québec et en Suisse, le programme Alcochoix+ nécessite quelques ajustements afin de demeurer à jour dans sa capacité à répondre aux multiples profils d’usagers du programme. Les cliniciens signalent des besoins notables pour :

  • les buveurs épisodiques, plus précisément ceux qui boivent en période intense ou quelques jours par mois (binge drinkers);
  • les personnes qui doivent viser l’abstinence pour des raisons médicales (ex. : femmes enceintes) ou juridiques (ex. : alcool au volant);
  • les personnes dont la consommation est plus sévère.

D'autres aspects seront également révisés, dont l’adaptation aux nouvelles limites de consommation recommandées, la simplification et la réduction des textes pour répondre à la réalité de certains usagers et la possibilité d’offrir un suivi par application Web, entre autres. Les usagers devraient avoir accès à la nouvelle version dès 2019.

Une adaptation destinée à la clientèle autochtone est également en développement. Les programmes de boire contrôlé adaptés culturellement pour les autochtones sont très rares, voire inexistants au plan international. Un séminaire de réflexion et de discussion réunissant des intervenants en toxicomanie de quatre nations autochtones du Québec a été organisé à l’automne 2017. Les participants se sont montrés très enthousiastes devant l’idée d’amorcer un partenariat impliquant le regroupement de Recherche et intervention sur les substances psychoactives – Québec (RISQ) et l’IUD afin de développer et de partager des outils en matière de consommation contrôlée. Une pré-expérimentation est prévue au cours des deux prochaines années. Elle permettra de savoir si diverses versions sont nécessaires selon les particularités des nations participantes. Il se pourrait également que l’expérimentation conduise à développer du matériel d’intervention fort différent d’Alcochoix+. Le projet se déroule sur une période de quatre ans.

La famille «Choix» s'agrandit ! 

Mes choix - Jeux
Implantation prévue : 2019

Le Centre québécois d’excellence en prévention et en traitement du jeu (CQEPTJ) a développé le programme « JEu me questionne ». Destiné aux joueurs à risque, ce programme aide à atteindre un niveau de jeu dit contrôlé. Une étude d’efficacité a été menée illustrant l’impact positif du programme sur les habitudes de jeu des participants, mais aussi sur son acceptabilité par ces derniers. Les auteurs du programme ont pris soin de le développer dans un format similaire à Alcochoix+. Cependant, certaines adaptations sont nécessaires pour l’harmoniser avec la famille « Mes choix ».

Mes choix - Drogues
Implantation prévue : 2020

Des travaux préliminaires ont été entamés afin de jeter les bases guidant le développement d’un programme abordant les autres drogues illégales. Une recension de la littérature a porté d’une part sur les normes de consommation à faible risque de drogues et, d’autre part, sur les programmes déjà existants. Un groupe d’experts a été mis sur pied afin de conseiller l’équipe de rédaction quant au développement de ce module.

Mes choix - Cannabis
Implantation prévue : 2021

Inspiré par le contenu d’Alcochoix+ à près de 80 %, le programme s’adresse aux personnes de plus de 18 ans qui consomment du cannabis et souhaitent mieux contrôler leur consommation. Un travail de mise à jour a été entamé à l’hiver 2017 afin de tenir compte des plus récentes études disponibles sur le sujet.

 

Au Québec en 2013-2014 : 

82% des 12 ans et plus avaient consommé de l'alcool;

28,4% des buveurs ont excédé au moins une des limites de consommation à faible risque : 

  • 7,4% ont dépassé la limite hebdomadaire (Homme = max. 15 consommations / Femme = max. 10);
  • 23,1% ont dépassé la limite quotidienne (Homme = max. 3 /Femme = max. 2);
  • 9,1% ont pris de l’alcool plus de cinq jours dans la semaine précédant l’enquête.
Pour plus d'informations
Site web destiné au grand public : www.alcochoixplus.gouv.qc.ca