Dépendances sans consommation


Un traitement en couple pour les joueurs pathologiques

La dépendance aux jeux de hasard peut être lourde de conséquences financières et relationnelles, ce qui affecte non seulement la personne dépendante, mais aussi son entourage. Pourtant, les traitements pour le jeu pathologique misent principalement sur une approche individuelle. « Nous avons constaté que ces traitements sont efficaces, mais que leurs résultats sont plafonnés », explique Joël Tremblay, chercheur à l’IUD et directeur scientifique du regroupement de Recherche et intervention sur les substances psychoactives – Québec (RISQ).

C’est à la suite de ce constat que son équipe et lui ont mené un premier projet pilote pour déterminer quelle approche pouvait faire en sorte que les joueurs pathologiques demeurent en traitement, s’inspirant notamment de modèles thérapeutiques reconnus comme efficaces en toxicomanie. Le traitement conjugal semblait alors se démarquer, en comparaison aux interventions individuelles ou de groupe.

Une première mondiale

Ces premiers résultats ont mené à la mise en place d’une nouvelle étude afin de comparer l’efficacité d’une intervention individuelle à un traitement conjugal, et ce, sur une plus longue période. Pour ce faire, l’équipe a suivi 80 couples ayant été orientés au hasard entre les deux traitements. « Nous sommes donc la première équipe dans le monde à avoir testé l’intervention conjugale en jeu pathologique en utilisant un protocole de distribution au hasard », précise Joël Tremblay.

En tout, ce sont 36 joueurs pathologiques qui ont reçu un traitement individuel contre 44 qui ont été suivis en couple. « Les deux traitements apportent des résultats positifs. Or, les résultats démontrent la valeur ajoutée du traitement conjugal. Dix-huit mois après le début du traitement, les joueurs ayant reçu un traitement conjugal démontrent des habitudes de jeu moins sévères que les joueurs ayant reçu un traitement individuel. Ils sont plus satisfaits de leur relation de couple, constatent davantage de soutien de leur conjoint, utilisent de meilleures stratégies de résolution face à un conflit conjugal et d’habiletés à la communication, en plus de présenter moins de symptômes dépressifs. Il en est de même chez les partenaires, qui présentent une meilleure satisfaction conjugale, moins de symptômes dépressifs et seraient moins à risque de se séparer que les partenaires ayant été orientés vers le traitement individuel.

Selon Mélissa Côté, doctorante en psychoéducation et coordonnatrice de recherche pour le Projet Couple-Jeu, il ne faut pas négliger la détresse vécue par la partenaire du joueur pathologique : « On parle alors d’une transgression relationnelle, puisqu'avec ses comportements de jeux, le joueur a trahi la confiance du partenaire, l’amenant à ressentir de forts sentiments négatifs, notamment de colère, de honte, d’impuissance et une perte de sécurité. » Les symptômes des partenaires des joueurs pathologiques seraient d’ailleurs comparables à ceux des personnes ayant vécu de l’infidélité. Afin d’aider les couples à se pardonner mutuellement, son projet de thèse vise à développer un module d’intervention conjugale axé sur le pardon. Elle mettra en place une étude pilote d’efficacité dans certains centres de traitement des joueurs du Québec en 2019.

 

Pour plus d'informations
Conférence de Joël Tremblay sur le traitement conjugal intégratif en jeu pathologique 
Magali Dufour, chercheuse à l'Institut universitaire sur les dépendances et chercheuse collaboratrice au RISQ

Le projet Virtuado - Pour établir un portrait de la cyberdépendance chez les adolescents

Il est difficile d’obtenir un portrait juste et actuel de la cyberdépendance puisque c’est un phénomène assez récent - Internet n’existe que depuis une vingtaine d’années - et que les technologies et applications qui y sont reliées ne cessent de se transformer. « Il y a cinq ans, les jeunes n’avaient pas tous un téléphone intelligent. C’est un domaine où l’évolution est très rapide », cite à titre d’exemple Magali Dufour, chercheuse régulière à l’Institut universitaire sur les dépendances et chercheuse collaboratrice au RISQ.

C’est à la suite d’une première expérience réussie de co-construction des savoirs recherche-clinique qu’est né le projet Virtuado. « Une première étude nous avait permis de dresser un portrait de la cyberdépendance chez les adultes. Nous voulions aussi comprendre cette dépendance chez les adolescents de 14 à 17 ans », précise Magali Dufour. Au total, ce sont 30 cliniciens de 14 centres de réadaptation en dépendance qui ont documenté le profil clinique de 80 adolescents aux prises avec une utilisation problématique d’Internet. Cette démarche visait à décrire leurs habitudes d’utilisation d’Internet et à documenter les troubles associés, par exemple les troubles anxieux ou d’autres dépendances.

Toutes les « substances », telles que les jeux vidéo, le clavardage, les médias sociaux et le streaming, ont été étudiées afin de dresser un portrait représentatif de la cyberdépendance chez les jeunes. Le rapport final du projet Virtuado a été déposé en juillet 2017, mais plusieurs retombées émergent déjà. « Nous sommes en train de terminer un outil diagnostic et des demandes de subventions sont en cours afin de développer un traitement », détaille Magali Dufour. Pour elle, les conclusions de l’étude sont claires : « Est-ce que la cyberdépendance est un phénomène dont les médias exagèrent l’ampleur? Non. Nous avons vu des jeunes souffrants qui vivaient des conséquences significatives. Il y a un besoin véritable et il faut se mobiliser ».