Jeunes et familles


La prise de risque chez les jeunes fugueurs en centre d'hébergement

Pourquoi la consommation de drogues et d’alcool serait-elle plus importante chez les jeunes fugueurs ? C’est une des questions à laquelle le projet de recherche « La prise de risque chez les adolescents fuguant de leur centre d’hébergement » tente de répondre. La chercheuse Sophie Couture de l’Institut universitaire Jeunes en difficulté explique : « À l’adolescence, il y a une recherche normale de sensations fortes, un besoin de prise de risque. Toutefois, les jeunes en centre d’hébergement ne bénéficient pas nécessairement de beaucoup d’occasions pour répondre à ce besoin. Avec cette étude, on veut comparer les caractéristiques et comportements des fugueurs et des non-fugueurs en centre d’hébergement en lien avec cette prise de risque. » 

Des résultats... et de nouvelles questions

Outre la consommation de drogues et d’alcool, plusieurs comportements à risque sont possibles, notamment en ce qui concerne les comportements sexuels ou délinquants. Les résultats préliminaires permettent déjà d’entrevoir que la prise de risque est plus grande chez les fugueurs. « Quelles caractéristiques des jeunes fugueurs peuvent expliquer cette différence dans la prise de risque ? Quels sont les besoins qui ne sont pas comblés dans leur contexte de placement ? Pourquoi consomment-ils plus ? », questionne Sophie Couture. Les données recueillies à l’aide de questionnaires, d’entrevues et de tests neuropsychologiques auprès de 120 fugueurs et 80 non-fugueurs devraient permettre de répondre à ces questions.

Financé par la Fondation Richelieu (Université de Montréal), le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et l’IUJD, le projet de recherche en est maintenant à l’étape d’analyse. Ultimement, les résultats pourraient orienter la réflexion sur les alternatives possibles. « Comment combler autrement les besoins de prise de risque chez ces jeunes fugueurs ? En sensibilisant la communauté et les intervenants à cette problématique, il sera peut-être possible de répondre à ce besoin d’expérimentation, de manière sécuritaire et avec de bonnes balises », conclut Sophie Couture.

Pourquoi étudier la prise de risque ?
La prise de risque inclut les comportements de délinquance, les comportements routiers téméraires, les comportements sexuels à risque et l’usage de substances psychoactives. Cette prise de risque peut être lourde de conséquences tant sur le plan physique que psychologique. Une meilleure compréhension de la prise de risque et de ses comportements associés peut permettre d’ajuster les interventions auprès des jeunes, notamment dans les centres jeunesse et dans les milieux de détention, où la prise de risque semble plus marquée.
Portrait des fugueurs en centre d'hébergement au Québec

Selon l'INESSS (2016), 

2497 jeunes étaient hébergés dans une ressource intermédiaire ou en centre de réadaptation.

23 à 25,8% des jeunes en centre d'hébergement sont des fugueurs;

65,8% des fugues recensées ont duré moins de 24 heures;

57% des fugueurs sont des garçons.

Les habitudes de consommation chez les jeunes contrevenants

Dans le cadre d’une recherche portant sur les jeunes contrevenants associés aux gangs de rue, Catherine Laurier, chercheuse à l’Institut universitaire Jeunes en difficulté, et son équipe, ont rencontré 206 jeunes contrevenants âgés de 14 à 25 ans. Un des objectifs de l’étude était de comparer les traits de personnalité et la prise de risque chez les jeunes contrevenants membres et non-membres de gangs de rue. L’analyse des données a permis d’établir un lien entre les dépendances et certains délits. « Les jeunes dépendants à l’alcool commencent plus tôt et commettent plus de délits sans violence, tels que des vols ou des entrées par effraction, que ceux qui ne sont pas dépendants, détaille Catherine Laurier. Les jeunes dépendants aux drogues commettent également plus de délits. »

La chercheuse s’intéresse particulièrement à la santé mentale des jeunes contrevenants, dont notamment le diagnostic d’abus ou de dépendance tel que décrit dans le DSM-IV. Elle établit d’ailleurs un lien entre la maltraitance vécue durant l’enfance et la présence d’une forte dépendance à l’adolescence au sein de cet échantillon.

« Sans grande surprise, nous constatons que les jeunes contrevenants ayant déclaré davantage d’abus physique ou émotionnel durant leur enfance consomment beaucoup. En tout, 55 % de ces jeunes répondent aux critères de dépendance aux drogues, alors que 26 % seraient dépendants à l’alcool », précise Catherine Laurier. Les jeunes contrevenants aux prises avec une dépendance seraient également plus anxieux.

Selon Catherine Laurier, les habitudes de consommation et la dépendance ne représentent qu’une des formes de prise de risque qui vient alourdir le bilan des comportements à risque des jeunes contrevenants. Toutefois, son dépistage demeure important. « Pour comprendre le jeune contrevenant, on ne peut pas faire fi de cette composante. En sachant s’il consomme, on peut adapter la prise en charge et éventuellement prévenir la récidive de délits et de comportements à risque. »

Portrait des jeunes contrevenants au Canada

Selon Statistique Canada (2014),

1/3 des auteurs présumés dans les affaires criminelles déclarées au Canada par la police sont des jeunes âgés de 12 à 24 ans;

17 ans
Sommet du taux global d'infractions criminelles, puis diminution de façon constante avec l'âge.

Optimisation et adaptation du programme Cap sur la famille

Les dépendances ont certainement des impacts au niveau individuel, mais qu’en est-il de l’impact sur les familles ? « Il y a une dizaine d’années, nous avons constaté que de plus en plus d’enfants de 10 ou 11 ans appelaient dans les centres de réadaptation en dépendance pour dire que leurs parents présentaient des problèmes de consommation, mais nous n’avions pas de services pour les jeunes de cette tranche d’âge », résume Myriam Laventure, chercheuse régulière à l’IUD et au regroupement de Recherche et intervention sur les substances psychoactives-Québec (RISQ).

À la suite de ce constat, deux programmes d’entraînement aux habiletés parentales (PEHP) destinés aux familles d’enfants de 6 à 12 ans dont un parent est aux prises avec une dépendance ont été mis en place. Ces programmes visent à réduire les répercussions de la dépendance du parent sur son enfant, soit en misant sur une meilleure compréhension des impacts de cette dépendance et en outillant la famille pour mieux communiquer.

« Le programme psychoéducatif Cap sur la famille découle d’une étude qui a permis d’aller voir les bons et les moins bons côtés des deux PEHP existants afin de proposer un programme optimal réunissant les meilleures interventions », précise Myriam Laventure. En général, cette première mouture a bien été reçue et implantée, mais l’approche proposée pose problème pour certaines régions. « Les interventions s’adressent à des groupes de familles. Toutefois, certaines régions moins populeuses ne peuvent pas regrouper un nombre suffisant de familles aux prises avec une dépendance pour implanter le programme tel quel. On nous a donc demandé de mener une deuxième étude afin d’adapter le programme aux différentes réalités régionales ».

L’équipe de recherche de Myriam Laventure procède donc en ce moment à une collecte de données par entrevues pour adapter le programme et le rendre plus accessible dans les différentes régions du Québec. L’équipe suivra par la suite l’implantation du programme Cap sur la famille dans les différentes régions et en évaluera les retombées.

Parentalité et dépendance : une trousse informationnelle pour les intervenants

Clientèle visée : intervenants oeuvrant auprès de parents consommateurs de substances psychoactives.

Outils disponibles : une trousse informationnelle incluant des vidéos, des adresses de sites Web, des titres ou des chapitres de livres et des articles de revues spécialisées. Elle s’adresse aux cliniciens et comprend des outils et des ressources pour :

  • les parents consommateurs de substances psychoactives (sensibilisation sur les types de substances, leurs effets, les impacts sur le rôle parental, etc.);
  • les enfants de ces parents;
  • des ressources pour intervenir auprès des enfants, des adolescents et les parents.

Intéressant à savoir : Cette trousse a été élaborée par deux bibliothécaires de l’Institut universitaire – Jeunes en difficulté et de l’Institut universitaire sur les dépendances.

Pour plus d'informations

Téléchargez la trousse Parentalité et dépendance à partir du catalogue du Centre québécois de documentation en toxicomanie : 

www.cqdt.dependancemontreal.ca