Personnes âgées


Une thérapie pour arrêter les calmants

En 2012, une étude québécoise indiquait qu’une personne âgée sur trois consommait un médicament calmant (anxiolytique, antidépresseur) sur une base régulière. De plus, alors que ces médicaments devraient être utilisés durant au maximum 90 jours après un choc important, plusieurs personnes en prenaient depuis plus de 200 jours d’affilée.

Le psychologue Sébastien Grenier, chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM), s’intéresse particulièrement à l’anxiété gériatrique et à ses traitements. Un de ses projets de recherche visait à évaluer un programme de sevrage de calmants de type benzodiazépine à l’aide d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC). « Plusieurs personnes croient qu’elles ne pourraient pas vivre sans leur médicament. Au-delà du sevrage physique, la TCC pourrait les aider à réduire leur dépendance psychologique en leur redonnant un sentiment d’efficacité personnelle », explique le chercheur.

Les participants, âgés en moyenne de 70 ans et consommant des benzodiazépines depuis au moins deux ans, étaient séparés en trois groupes, peu importe la raison pour laquelle ils en prenaient (anxiété, insomnie). Le premier groupe suivait un guide d’auto-sevrage à la maison, sur 12 semaines. « C’est la méthode la plus fréquente de sevrage, car les médecins n’ont pas beaucoup d’outils à leur portée pour soutenir leurs patients dans cette démarche. Sans surprise, le taux de réussite est le plus faible des trois groupes », explique Sébastien Grenier. Le deuxième groupe suivait la même grille, mais recevait un suivi médical régulier. Les résultats préliminaires indiquent une faible augmentation de réussite par rapport au premier groupe.

Le troisième groupe suivait en plus une thérapie cognitivo-comportementale de groupe. Les premiers résultats indiquent un meilleur taux de sevrage complet, soit six personnes sur dix. Si les résultats préliminaires sont positifs, plusieurs éléments restent à analyser dans ce projet, comme les caractéristiques individuelles qui favorisent la réussite ou l’échec du sevrage durant une TCC.

La prochaine étape? « Nous souhaitons tenir une étude d’implantation en milieux dits “naturels” comme des résidences et des CHSLD. Nous pourrions également adapter le programme en y intégrant un suivi infirmier plutôt que médical », conclut le chercheur Grenier.

 

Pour plus d'informations

Laboratoire d'Étude sur l'Anxiété et la Dépression gÉRiatrique (LEADER), sous la direction de Sébastien Grenier
www.laboleader.ca

  • 2 Canadiens sur 3 (66%) âgés de plus de 65 ans prennent 5 médicaments d’ordonnance différents et plus.
  • 1 Canadien sur 4 (27%) âgé de plus de 65 ans prend 10 médicaments d'ordonnance différents et plus. 

Montréal : leader canadien en déprescription chez les personnes âgées

Les personnes âgées de plus de 65 ans doivent souvent composer avec plusieurs maladies chroniques et avec la prise de multiples médicaments, ce qui les met à risque d’effets indésirables. La gériatre et chercheuse du CRIUGM Cara Tannenbaum multiplie les initiatives pour sensibiliser les Canadiens à cette réalité. Selon la titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement, le niveau de consommation des médicaments de type opioïde et benzodiazépine chez les aînés est préoccupant. En effet, un usage de ces médicaments peut conduire à des dépendances, même après une courte durée d’utilisation. Et ce n’est pas sans risque : chez les aînés hospitalisés pour cause de surdose d’opioïdes, 24 % des patients les prenaient tels que prescrits par leur médecin.

La mise sur pied du Réseau canadien pour la déprescription (ReCaD) en 2015 a permis à la Dre Tannenbaum de centraliser ses approches auprès de plusieurs partenaires. Comme le ReCaD est un projet de recherche, les résultats de chaque initiative sont mesurés et analysés.

Parce qu’elle croit qu’une action concertée est nécessaire pour parvenir à améliorer la sécurité médicamenteuse, la Dre Tannenbaum intervient auprès de plusieurs publics cibles. Ainsi, elle a mis sur pied une communauté de pratique dédiée aux organismes communautaires qui interviennent auprès des aînés canadiens. Elle rejoint les médecins, les infirmières et les pharmaciens pour les sensibiliser à leur rôle auprès de leurs patients âgés et elle intervient auprès des décideurs politiques en formulant des recommandations via l’analyse de politiques publiques internationales visant à réduire l’usage des médicaments inappropriés chez les aînés. En février 2018, le ReCaD réunissait plus de 100 experts à Montréal autour de la sécurité des médicaments pour les aînés.

Le ReCaD continue de mesurer l’impact de ces initiatives sur plusieurs plans, au Québec comme au plan national. Des données de 2016 montrent que 21 % des aînés québécois rapportaient consommer un somnifère. Le ReCaD espère diminuer ce taux de moitié d’ici 2020.

Restez à l’affût!
La bibliothèque de gériatrie et de gérontologie de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal entretient une veille thématique sur la dépendance chez les personnes âgées (alcools, drogues, médicaments, jeux, etc.). Cliquez ici pour vous y inscrire.
Pour plus d'informations

Réseau canadien pour la déprescription : www.reseaudeprescription.ca