Problématiques émergentes


Déficience intellectuelle : des services mal adaptés

Sylvain Picard, psychoéducateur et praticien-chercheur de l’équipe Itinérance et services migrants du CREMIS, suit des personnes présentant une déficience intellectuelle depuis une vingtaine d’années. Concrètement, il les accompagne dans la gestion de leur budget, de leur logement ou encore d’activités de la vie quotidienne afin de favoriser leur autonomie. La majeure partie de sa clientèle vit dans la rue, sinon en maison de chambres ou en pension. Il estime qu’environ un quart d’entre eux présente des problèmes de dépendance à l’alcool ou aux drogues. « Le principal impact de leur consommation est que ça rend leur suivi plus difficile. Comment peut-on ajuster nos interventions afin de bien les prendre en charge ? », questionne Sylvain Picard.

La déficience intellectuelle et la dépendance ne font pas bon ménage, notamment parce que cela ajoute à la précarité de la situation de vie de personnes déjà vulnérables. « Ce sont souvent des gens sur l’aide sociale, qui ne savent pas compter. Ils sont facilement victimes d’abus et peuvent se faire vendre de la drogue de mauvaise qualité », détaille M. Picard. En plus des risques de détérioration de leur condition physique et mentale, la consommation de drogue et d’alcool peut devenir un critère d’exclusion des centres de réadaptation en déficience intellectuelle, les privant ainsi de suivi spécialisé.

Selon Sylvain Picard, il faut les responsabiliser face à leur consommation. Toutefois, aucun des services offerts en dépendance n’est adapté à leur réalité. « Les suivis en dépendance se font en groupe, alors que les personnes présentant une déficience intellectuelle fonctionnent mal de cette façon. Ils ne comprennent pas les règlements et n’ont pas la maturité requise pour les suivre. De plus, de nombreux exercices incluent de la lecture alors que la plupart ont de la difficulté à lire », explique-t-il. Selon le praticien-chercheur, une prise en charge individuelle serait plus adaptée. « Il faudrait déterminer quelle thérapie pourrait mieux répondre à leurs besoins et adapter les services et interventions en conséquence », conclut Sylvain Picard.

Déficience physique : un enjeu en émergence

Il n’est pas rare que des personnes ayant une déficience physique présentent également un trouble lié à l’utilisation de substances (TUS).

Une ressource d’hébergement est en cours de développement pour accueillir des usagers ayant une déficience physique, qui consisterait principalement en lésions cérébrales. Elle regrouperait des usagers présentant un profil clinique complexe (trouble lié à l’utilisation de substances, troubles graves de comportement). Une demande d’ETMI sur le sujet a été formulée par la direction DI-TSA et DP, programmes TCC (personnes ayant subi un traumatisme craniocérébral) et TGC (personnes présentant un trouble grave de comportement).

Une connaissance des meilleures pratiques existantes sur les interventions ou approches à adopter donnera des outils aux intervenants (éducateurs spécialisés, psychoéducateurs, infirmières, psychologues et travailleurs sociaux) pour intervenir avec cette clientèle présentant ce type de profil complexe. Elle permettra également d’appuyer les gestionnaires et coordonnateurs cliniques dans leur réflexion concernant le développement de cette ressource et dans la gestion des employés qui interviendront dans ce milieu exigeant.

Il s’agira d’une première collaboration entre l’Institut universitaire sur la réadaptation en déficience physique de Montréal et l’Institut universitaire sur les dépendances. Si chacun de ces enjeux ont été étudiés (TUS ainsi que traumatisés craniocérébraux et troubles graves du comportement), plus rares sont les analyses conjointes à ces sujets.