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Incursion au cœur de l’urgence psychiatrique

Quel jour on est? C’est la première question qu’un psychiatre ou un intervenant vous posera pour savoir si vous avez toujours les pieds sur terre et pour adapter son intervention. C’est aussi le titre de la nouvelle docu-réalité, diffusée depuis le 30 avril sur la chaîne spécialisée Moi et CIE, qui met en lumière le travail remarquable et acharné de trois équipes du CCSMTL spécialisées en intervention d’urgence en santé mentale.

Dans le cadre de cette télésérie, le CCSMTL ouvre grand les portes de son urgence psychiatrique en donnant au réalisateur Mathieu Arsenault un accès privilégié au quotidien des équipes de l’Urgence psychosociale-justice (UPS-J), une petite équipe chargée d’épauler le SPVM avec tous les dossiers qui relèvent de la santé mentale, ainsi qu’à celles des psychiatres, les docteurs Stéphane Proulx et Oliver Farmer, et de leurs équipes de l’urgence psychiatrique, de la clinique externe en psychiatrie et de l’unité de soins intensifs de l’Hôpital Notre-Dame. Magalie Joly, infirmière clinicienne à UPS-J, est l’une des intervenantes principales de la série. Elle a participé activement au tournage avec plusieurs de ses collègues, travailleurs sociaux et criminologues.

Réalisée par Mathieu Arsenault, lui-même atteint du trouble affectif bipolaire, cette série a pour but de démystifier ce sujet encore trop tabou qu’est la santé mentale. Aujourd’hui en pleine possession de ses moyens, Mathieu a voulu faire une série documentaire sur les personnes qui soignent des gens comme lui, en période d’extrême vulnérabilité, et aussi pour amener les personnes qui vivent ces situations à accepter les soins.

« Le fait d’avoir vécu moi-même une crise de folie il y a cinq ans (…), c’est sûr que ça donne une sensibilité, une compréhension. Je savais que les gens que je filmais quand ils sont entrés (à l’urgence) ne sont pas comme ça tout le temps dans leur vie. C’est un moment particulier duquel ils peuvent sortir. (…) Aussi, les patients ont accepté de participer à la série parce que moi-même j’ai un problème de santé mentale. » Mathieu Arsenault, Réalisateur de la série.

Aussi rencontré par le Direction CIUSSS, le Dr Stéphane Proulx, pour sa part, avait certaines craintes face au respect de la confidentialité et au consentement des patients. S’il a accepté de participer à cette série documentaire, c’est que le réalisateur, tout comme les équipes du CCSMTL, avaient comme objectif commun de montrer le milieu de l’urgence psychiatrique dans la dignité, tant pour les patients que pour les employés. Très humble face aux limites de la psychiatrie moderne, il y a vu la possibilité non seulement de diminuer les préjugés, mais aussi et surtout d’améliorer les choses. En priorité, il souhaite que les trois aspects suivants soient améliorés :

  • Offrir un meilleur accès aux soins et services; 
  • Orienter les patients vers une offre de services qui permet de personnaliser les soins; 
  • Créer un environnement propice au rétablissement. Il considère que les lieux vétustes et les « murs beiges » ne sont plus acceptables.

« Comme société, et en particulier pour les décideurs, je souhaite que ce type de documentaire influence la réflexion et les actions nécessaires pour améliorer l’expérience du patient. » Dr Stéphane Proulx, Psychiatre à l’urgence psychiatrique de l’Hôpital Notre-Dame.

La série Quel jour on est? porte un regard humain sur la maladie mentale, sur ceux qui en souffrent et sur les personnes qui la côtoient au quotidien à titre d’intervenants.

Entrevue avec le Dr Stéphane Proulx, psychiatre à l’urgence psychiatrique de l’Hôpital Notre-Dame

Propos recueillis par Marie france Coutu, conseillère en communication


MfC : Pourquoi avez-vous accepté de participer à cette série documentaire?

SP : Lorsqu’on nous a parlé du projet au tout début, nous avions quelques craintes. On se demandait comment cela pourrait se faire dans le respect de la confidentialité et du consentement des patients. Notre rencontre avec le réalisateur a vite dissipé ces préoccupations. On avait comme objectif commun de montrer le milieu de l’urgence psychiatrique vu de l’intérieur et dans la dignité, tant pour les patients que pour les employés.

MfC : Avez-vous eu la chance de voir des épisodes de la série avant sa diffusion?

SP : J’ai vu plusieurs extraits de quelques épisodes puisque le réalisateur a souhaité nous consulter pour quelques passages délicats avant la diffusion. J’ai pu constater que le montage avait été fait avec beaucoup de doigté et de justesse.

MfC : Comment avez-vous trouvé l’expérience du tournage?

SP : Les jours de tournage apportaient une charge mentale et une logistique additionnelles. Toutefois, ce fut une expérience très positive. Le réalisateur Mathieu Arsenault a fait preuve de sensibilité et a su créer des liens avec les divers intervenants. Il s’est aussi fait discret pendant le tournage. Bref, tout s’est déroulé dans les règles de l’art.

MfC : Que souhaitez-vous que les gens retiennent de cette série?

SP : Le travail en urgence psychiatrique est mal connu. Je souhaite que les spectateurs puissent mieux comprendre ce travail et que cela puisse contribuer à réduire certains préjugés. Comme société et en particulier les décideurs, je souhaite que ce type de documentaire influence la réflexion et les actions nécessaires pour améliorer l’expérience du patient.

MfC : Est-ce que vous trouvez que le réseau de la santé est bien outillé pour répondre aux besoins de cette clientèle, sinon, que faudrait-il améliorer?

SP : Oui et non. Je crois qu’il y trois aspects qu’il faut considérer améliorer de façon prioritaire :

  • Meilleur accès aux soins et services
  • Orientation des patients vers une offre de services qui permette de personnaliser les soins
  • Environnement propice au rétablissement (Les lieux physiques vétustes ne sont plus acceptables.)

Entrevue avec Mathieu Arsenault – réalisateur de « Quel jour on est? – Urgence santé mentale »

Propos recueillis par Diane LeBel, rédactrice en chef du bulletin Direction CIUSSS


DL : Pourquoi avoir choisi ce sujet-là et que souhaitez-vous montrer par cette démarche?

MA : Parce que moi-même j’ai vécu une crise de folie il y a cinq ans – je ne savais pas que j’étais bipolaire et ça s’est déclenché comme ça, subitement alors que je menais une vie tout à fait normale. Je me suis rendu compte qu’un problème de santé mentale, c’est quelque chose qui peut arriver à n’importe qui, mais surtout, qu’on peut s’en remettre. Mais pour ça, il y a quand même le moment de la prise en charge, alors qu’on est super très vulnérable. Ça prend des gens pour nous aider à ce moment-là. Des gens compétents, qui sont disponibles 24/7. C’est ça qui m’a donné l’envie de le faire avec UPS-Justice.

DL : Vous mentionnez avec beaucoup de candeur votre problème de santé mentale. Est-ce cela est venu teinter la réalisation de cette série?

MA : Oui. C’est sûr que ça donne une sensibilité, une compréhension. Je savais que les gens que je filmais quand ils sont entrés ne sont pas comme ça tout le temps dans leur vie. C’est un moment particulier duquel ils peuvent sortir. Cela a beaucoup aidé. Je ne crois pas que ce projet-là aurait pu être fait par quelqu’un d’autre, aussi parce que le CCSMTL m’a ouvert ses portes, de même que l’Hôpital Notre-Dame et l’équipe UPS-J. Les patients ont accepté de participer à la série parce que moi-même j’ai un problème de santé mentale.

DL : Est-ce que le scénario de la série est fidèle à la réalité?

MA : Oui, tout à fait. Pour le scénario, il y avait une idée de base, des intentions. Mais c’est vraiment comme quand on est dans l’urgence; il n’y a rien de prévu d’avance. Tu sais, je passe des journées avec l’équipe de l’UPS-J et on attend que le téléphone sonne. Puis on part sur l’appel qui se présente. Alors il y a une grosse part de hasard. Mais j’ai tourné durant 60-70 jours en tout, alors je pense que c’est un bon échantillonnage de ce qui peut se passer dans une année à l’UPS-J.

DL : Avez-vous eu de la difficulté à vous faire ouvrir les portes? Après tout c’est un milieu qui est difficile d’accès. UPS-J, psychiatrie à HND : le travail que fait ces professionnels est tenu par une stricte confidentialité; bref, ce n’est pas un secteur simple à percer.

MA : Cela a pris des mois pour ouvrir les portes. Il y a eu beaucoup de tractations, de discussions. Il y avait toute la question de la confidentialité des patients qui revenait tout le temps. Ce n’est pas habituel de montrer des gens en crise à visage découvert; il fallait trouver la bonne façon de faire, mais on a fait des ententes entre la compagnie de production (NDLR : Zone 3) et le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (CCSMTL), le SPVM, Urgence-santé, etc. Alors on a tous signé des ententes légales pour être certains que les lois seraient respectées, ainsi que la vie privée des participants. Cela a été fait de façon rigoureuse. C’est du cas par cas, vraiment. En fait, on ne peut pas arrêter une intervention d’urgence avec des gens en crise pour leur faire signer un papier! En fait, je retournais voir les gens une fois qu’ils étaient stabilisés, de retour chez eux ou à l’hôpital et je leur expliquais le projet et leur demandais s’ils étaient d’accord ou non à y participer.

DL : Si je comprends bien, les gens n’ont pas été triés au préalable pour cette série. Ce sont des gens en détresse, au moment du tournage, qui ont reçu l’aide des professionnels des équipes. La question est : est-ce que cela a été difficile de les faire participer? Autrement dit, on a filmé : si les gens étaient d’accord, ok, si non, ce n’était pas retenu. Est-ce un peu ça?

MA : Oui c’est ça. Ceux qui n’étaient pas d’accord ne sont pas dans la série. Ou par exemple, il y a des gens qui ont signé, puis j’ai appris qu’ils étaient sous curatelle publique. Eux, je n’ai pas pu les retenir, à l’exception d’un cas. Chaque personne est différente et il y a des gens pour qui on se demandait s’ils avaient toute leur tête pour donner l’autorisation. Dans ce cas-là, c’est le psychiatre qui tranchait la question.

DL : Qu’est-ce que vous souhaitez que les gens retiennent de la série?

MA : Qu’on est chanceux d’avoir des services comme UPS-J à Montréal. On pourrait implanter cette idée-là dans d’autres grandes villes du Québec. C’est quelque chose d’hyper précieux. Aussi, on entend beaucoup qu’il n’y a pas de soins, que ce n’est pas possible de se faire traiter quand on a des problèmes de santé mentale. Mais moi, ce que j’ai observé sur le terrain, ce n’est pas tout à fait ça. En fait, quand on a besoin d’aide, l’aide est là. Un des gros problèmes, c’est que les gens refusent les traitements et se ramassent à répétition dans le système de santé et accaparent les ressources. Ce que je souhaite qui soit retenu, c’est que les gens, une fois qu’ils ont reçu un diagnostic, acceptent d’avoir des soins et comprennent que c’est possible d’avoir de bons soins.

DL : Et vous, que retenez-vous de l’expérience de cette réalisation-là?

MA : Moi, je me sentais vraiment privilégié. C’est comme partir à l’aventure. D’être là, de faire le travail avec les équipes – c’est hyper privilégié. Aussi, j’ai pu voir l’envers du décor – c’est-à-dire de voir le système et les gens qui prennent en charge ainsi que les défis auxquels ils sont confrontés. Cela m’a permis de mieux comprendre et d’avoir un regard un peu plus large sur la question, parce que, comme patient, on demande la lune mais les ressources sont limitées, alors il faut faire des compromis dans tout ça.

DL : Votre point de vue est unique et assez exceptionnel en raison de votre expérience « de l’autre côté » – en guise de dernière question, est-ce qu’il y a quelque chose que vous souhaiteriez ajouter ou partager?

MA : Je pense surtout que l’on a tendance à vouloir protéger les gens qui ont des problèmes de santé mentale et à cacher leur réalité. Mais je crois aussi que ça ferait du bien d’ouvrir la discussion et de montrer aux autres qu’est-ce que c’est concrètement. Pour moi, ce n’est pas du voyeurisme, c’est du partage. Avec la série, j’essaie vraiment d’ouvrir la population à cette réalité-là. L’être humain, on est comme « programmé » pour occulter, ne pas voir quelqu’un qui est malade, parce que ça nous fait extrêmement peur. Mais pour pouvoir aider, pour avoir de la compassion, pour comprendre, il faut voir ces réalités-là. Oui, c’est apeurant, c’est terrifiant, mais quand on le voit ça permet de l’apprivoiser.

Urgence psychosociale-justice (UPS-J)

UPS-J est une équipe de professionnels du CCSMTL qui intervient en situation de crise impliquant des personnes qui présentent des troubles de santé mentale. L’équipe est en service 24 heures par jour, sept jours sur sept. L’une des initiatives les plus prometteuses d’intervention auprès des personnes ayant des problèmes de santé mentale, UPS-J est le premier service d’urgence de ce genre au Québec. Son mode de fonctionnement a été reproduit dans d’autres villes au Québec. Pour en savoir plus sur ce service novateur, consultez notre site Web. 

Pour en savoir davantage sur l'équipe d'Urgence psychosocial-justice (UPS-J)